Raid Paris-Dakar

Raid Paris-Dakar

Le 25 octobre 1986, Marcel Hendrickx a donné le premier coup de pédale à
un Uccle-Dakar à vélo qui a emprunté les mêmes itinéraires que le rallye motorisé.
Il atteindra la capitale du Sénégal le 20 janvier, deux jours avant l'arrivée du Paris-Dakar.

Dakar Débat Présentation par Marcel de son raid Paris-Dakar
Vous pouvez lire ci-dessous
le récit de son extraordaire aventure
Dakar

Les moteurs ne rugissent pas, les mécaniciens ne
s'affairent pas autour des bolides,
il n'y a ni voitures, ni camions, ni motos
qui vont s'élancer à l'assaut du SAHARA.
Il n'y a pas une foule de curieux
qui s'attroupe autour des véhicules.
Seulement quelques amis qui se sont donnés rendez-vous
pour le départ d'un autre PARIS - DAKAR...
Celui d'un idéaliste, d'un fan de la petite reine ...
et qui veut le faire à vélo !
Mon coeur est en folie dans cet instant euphorique,
qui précède la nouvelle grande envolée devant les caméras
qui filment le départ pour les chaînes de la télévision.
Je prends un plaisir immense à démentir les idées préconçues.
A faire et a vaincre ce qui effraie les autres.
L'inconnu m'attire tel un aimant.
Paris-Dakar
Au départ à Rhode St-Genèse

Van Bever
Petit arrêt avenue Van Bever avant le départ définitif
Alors que je rentrais de mon tour du monde à vélo le 26 juin 1986,
me revoilà reparti sous les encouragements
des amis venus me dire : AU REVOIR.
L'un d'eux me dit : "Tu es bien gonflé d'aller traverser le SAHARA à vélo!".
Oui : et même gonflé à bloc pour ce nouveau RAID
et confiant dans mon matériel, surtout du vélo.
Pour le meilleur et le pire avec mon compagnon de route
Jean Bernard BORGETOU qui me rejoindra à Marseille.
Je suis accompagné au départ par Dirk VANDONINCK,
jeune aventurier de KALMHOUT,
dont l'objectif est d'atteindre le ZAIRE et la TANZANIE.

Le Vélo
Marcel et sa machine
Mountain Bike à larges pneus,
flambant neuf,
offert par PEUGEOT.
Quand vous saurez
que l'engin pèse 65kg600 ...
Cela fait tout de même
lourd à tirer.
Le Vélo
La machine est prête au départ

Liberté Si nous avons de la chance de ne pas avoir de la malchance
nous arriverons le 22 janvier 1987 à DAKAR
pour faire la nique aux voitures.
Le 4 novembre 1986, il est 22 heures lorsque nous débarquons à ALGER
après 24 heures de traversée sur le ferry "LIBERTE" ...
Il porte bien son nom ce bateau !

D'ALGER A TAMANRASSET SUR LA ROUTE DU MAGREB.

Le contact est dur.
La crise économique est au plus grave depuis là chute des prix du pétrole.
Les gens font la file pour un pain.
La viande se vend à plus de 1.000 Fr.le kilo.
Fromages, beurre et charcuteries sont introuvables.
Les fruits et les légumes sont quatre fois plus chers qu'en BELGIQUE.
Qu'en disent les ALGERIENS ;
INCHALLAH c'est qu'ALLAH l'a voulu; ils sont fatalistes mais nous, cyclistes,
nous risquons d'avoir faim sur la route du MAGREB.

la route vers le désert Ensemble nous traversons l'ATLAS TELLEIN,
puis l'ATLAS SAHARIEN avant d'atteindre le SAHARA.
Voilà quelques bosses qui permettent à chacun de voir où en est sa condition.
Dans les villages, la vie nous semble bien austère.
Les gens ne sourient pas.
Reflet de la situation sociale, peut-être ?
Plus nous avançons vers le grand sud plus le SAHARA s'affirme de
jour en jour, aride et désolé, mais envoûtant et impressionnant
dans son étendue, où le soleil est implacable et où le vent façonne les roches.
Seule la route nous relie à la vie, un petit rien dans l'infiniment grand.
Les villes sont de plus en plus rares et éloignées les unes des autres.
Hors ce sont les seuls points d'approvisionnement.
LAGHOUAl - GHARDALA : 216 Km
GHARDALA - EL GALEA = 260 Km
EL GALEA - IN SALAH ; 400 Km
IN SALAH - TAMANRASET = 670 Km

Entre ces villes, rien que du sable et des cailloux. Comme rien
n'est normal dans ce désert, ce n'est pas de soif ni de chaud que
nous souffrons, parce qu'à trois reprises nous subissons des
averses ... comble de SAHARA !
Mais c'est la faim qui nous tenaille dans le SUD ... même plus de
riz à trouver, et, on commence à se poser des questions sur la
suite de notre périple SAHARIEN.
Etrange rencontre

dattes POUR UN POIGNÉE DE DATTES.

L'on rêve de plats succulents, en grignotant des dattes à
longueur de journées.
Pâtes aux dattes, couscous aux dattes... le peu que nous avons
nous sommes obligés de le rationner chaque jour ... et chaqu'un sa part.
Sur les 670 km de solitude qui nous séparent de TAMANRASET - "TAM"
cormme on dit dans le désert du HOGGAR - nous avons si faim qu'il
ne nous reste plus que notre idéal pour braquer les camions et
quêter de quoi manger.

L'AFRIQUE COMMENCE LA OU LES BONNES ROUTES S'ARRETENT

Les privations se font d'autant plus sentir que la route est défoncée et ensablée.
Le vent omniprésent ainsi que les tempêtes de sable trop
fréquente qui nous aveuglent et nous fouettent de façon telle
qu'on ne se voit plus dans ce blizzard de sable.
Mais nous souffrons en silence en subissant les éléments déchaînés.
Maintenant je sais ce qu'est le SAHARA, c'est : l'enfer DE SABLE.
Ayant quitté ALGER depuis 2.000 Km, nous arrivons à TAM, ville de légendes,
les joues aussi creuses que l'estomac.
Nous sommes au rendez-vous des MEHARISTES.
Devant ce risque d'être "LA MISSION IMPOSSIBLE" c'est-à-dire la traversée du GRAND SUD AHARIEN.
De TAMANRASSEI à ARLIT ; 650 KM de désert total.
Un océan de sable... balayé par des tempêtes de sable... que du SABLE !
vers Tamanrasset

Que du sable L'APOCALYPSE
Ce 29 novembre 1986 !
Alourdi de provisions pour 6 jours ainsi que 10 litres d'eau.
Le vélo doit peser 65 Kg 600, bigrement lourd ... l'engin.
Nous voilà dans le grand SUD SAHARIEN !
Bien vite nous réalisons l'ampleur de notre tâche.
Les roues s'enfoncent dans le sable qui est devenu poussière et on s'enlise.
Nous essayons de rouler plutôt que de pousser ...
et dire qu'il y a 650 KM à parcourir;
avec seulement deux points de ravitaillement
IN GUEZAN frontière de l'ALGÉRIE au Km 415
et à ASSAMAKA frontière du NIGER 30 KM plus loin.
Mon MONTAIN BIKE PEUGEOT est équipé de pneus de 44 mm.
C'est encore nettement trop étroit.
J'aurais du le faire équiper de pneus de 55 mm.
Je vous laisse imaginer mon compagnon galérer avec ses pneus de 32 mm.

Dans l'après-midi du 30 novembre,
nous subissons une nouvelle tempête de sable,
cette fois si violente que nous sommes obligés de nous arrêter.
Les traces de pneus des véhicules passés avant nous s'effacent
comme par un coup de baguette magique.
Il ne nous reste plus de repères et même le soleil est invisible.
Seul maître de cet enfer, le brouillard de sable qui nous aveugle et nous fouette ...
dans quelle galère sommes-nous prisonniers ?
Notre situation devient sérieuse et inquiétante ... dans ce vent hurlant
et cette immensité de solitude nous essayons,
mais en vain, de planter la tente IGLOO, la tempête nous l'arrachant des mains.
Il ne nous reste plus qu'à nous enrouler comme des momies
dans le duvet et les toiles de tente, en attendant que la tempête se calme.
Ce soir on n'a même pas droit au menu casserole
car il est impossible d'allumer le réchaud.
Je grignote quelques dattes pour calmer ma faim.
Tente Igloo

Le camion qui sauve Le lendemain matin, après une nuit blanche et anxieuse,
le vent s'est heureusement calmé.
Je m'extirpe de mon duvet pour ne plus voir que des monticules de sable
sous lesquels oivent se trouver les bicyclettes et ... JEAN BERNARD.
La situation est effrayante et APOCALYPTIQUE.
Nous nous sommes laissés prendre au piège du SAHARA.
Notre vie ne tient plus à rien.
Ainsi que mon compagnon j'ai peur de la situation.
C'est avec effroi que je me rappelle les récits des MEHARIS
perdus corps et biens dans les tempêtes de sable.
On ne peut plus pêcher d'orgueil mais de sagesse, dans cet océan de sable,
comme au milieu de l'atlantique sur une coquille de noix.
Plus que jamais je sens ma vie ne tenir qu'à un fil bien fragile ...
Comme des naufragés, nous attendons du secours.
Plutôt qu'un vélo pour la mort,
nous choisissons un camion pour la vie.
Ce n'est que trois jours plus tard
après de nombreux ensablements,
que nous retrouvons la route goudronnée au NIGER.

Ayant échappé au SAHARA, nous sommes
aux portes de l'AFRIQUE NOIRE
où nous tombons immédiatement dans l'abondance.
Les gens vivent dehors sous l'ardent soleil,
et la musique est présente dans tous les villages.
Ici les femmes ne cachent plus leur visage.
Les villages nous font entendre leurs musiques,
et les habitants nous accueillent avec des gestes et des rires bruyants.
A la sortie du désert, on se croirait dans un autre monde...
oui et pour cause... la bière coule à flots... on aura tout vu ! ! !
Oasis

Saison des pluies Dans le NIGER on a difficile à croire que bon nombre de TOUAREGS
ainsi que des paysans ont perdu jusqu'à la moitié
de leurs troupeaux de chameaux et de chèvres
dans les écentes années de sécheresse.
Lors de la dernière saison des pluies, celles-ci furent heureusement abondantes.
Après AGADEZ, petit à petit les champs de mil se substituent aux dunes de sable,
les silos de grains remplacent les rochers et les arbres font leur apparition.

Après avoir sympathisé avec le chef du village,
celui-ci met une hutte à notre disposition
et nous dégustons une bouillie de mil en sa compagnie.
Cet accueil nous réconforte des fatigues de la journée.
Chaque matin nous avons droit au rythme sonore
que font les femmes pilant le mil dans les mortiers.
A notre rythme de cycle, nous vivons parmi les AFRICAINS,
qui eux aussi se déplacent à vélo pour aller à leur travail.
Plus est grande la distance qui nous sépare de PARIS,
plus notre exploit ou expédition cycliste
semble extraordinaire aux yeux des autochtones.
Acceuil

Sur le fleuve NIGER CE DIVIN NIGER
Attirés par l'eau, nous arrivons à NIAMEY,
capitale de l'état du NIGER qui s'étale tranquillement
sur les rives du majestueux fleuve du nom NIGER.

La capitale a des airs de ville, et après tant de jours de
route il est relaxant de flâner, de voir les attroupements des
gens qui écoutent la musique AFRICAINE.
Quelques jours suffisent pour changer nos habitudes.
Mon compagnon JEAN BERNARD a l'art de découvrir des guides qui
lui indiquent toujours bénévolement la direction que nous cherchons.
Par contre, le petit MUSTAFA, 12 ans, orphelin de père, cherche
avec ses trois frères et deux soeurs à rassembler
un peu d'argent pour faire vivre toute sa famille.
Sachez que MUSTAFA est infirme parce qu'il est atteint de polio
et il ne se déplace qu'avec deux béquilles...
un être humain comme il y en a tant sur notre planète.
Hélas, les Grands qui nous dirigent d'une manière si injuste,
et plutôt que de voyager dans les SOFITELS,
seraient-ils moins égoïstes et vaniteux de leur pouvoir
s'ils osaient croiser le regard de MUSTAFA suspendu à ses deux béquilles !

sur la route de Niamey

VANITAS VANITATUM OMNIA VANITAS

sur la route de Burkina Faso UN PAYS ORIGINAL
Plus nous avançons dans la brousse et plus il y fait chaud.
Nous voilà à OUAGADOUGOU,
capitale d'un pays original qui répond
au nom de BURKINA FASO, ex HAUTE VOLTA;
traduction littérale : "PATRIE DES HOMMES INTEGRES".
Malgré des slogans simplistes qui couvrent les murs de cette
petite ville,la politique du jeune PRESIDENT SANKARA
semble juste et tous semblent en reconnaître l'honnêteté.
Il faut savoir que ce jeune président fait venir
l'eau ainsi que la médecine dans tous les villages.

Hélas, certaines idées rénovatrices telles que
"LA LIBERTE DU MARIAGE POUR LES FEMMES", reçoivent l'approbation des jeunes
mais se heurtent à la tradition des anciens.
Les dirigeants de ce pays doivent faire face à de très nombreux problèmes,
dont entre autres et pas le moindre,
la lutte contre 10 KM d'avancée du Sahara... chaque année !
C'est d'ailleurs pourquoi nous voyons beaucoup d'arbres morts dans la brousse.
Seule parade contre le désert:les plantations du SAHEL,
hélas et de beaucoup insuffisantes.

DES JEUNES DYNAMIQUES
BRUNO BARBIER, jeune ingénieur que nous avons rencontré,
s'est fixé un objectif humanitaire.
Sa mission est soutenue financièrement par l'Eglise PROTESTANTE.
Il nous explique qu'ayant débarqué avec 1 MILLION de francs
belges pour quatre ans, à TITA, petit village situé en pleine brousse,
il y a défriché 6 hectares et les a partagés entre 60 familles.
Il leur prodigue ses connaissances ainsi que les produits
nécessaires à la production de mil et de seigle à la saison des pluies.
Pendant la saison sèche, il apprend aux paysans à diversifier
les récoltes, haricots, pois, pommes de terre et fraises.
Un accord avec une société BURKINAFASAISE assure l'écoulement des récoltes.
Le bénéfice de celle-ci est remis intégralement aux paysans.

UNE BOUFFEE DE FRAICHEUR
Spectacle insolite : le matin, il n'est pas rare de voir
les AFRICAINS emmitouflés avec des bonnets et des gants.
Alors que nous suffoquons sous la chaleur, cette saison est ici appelée...froide !

AU MALI
Les paysages deviennent plus vallons.
Hélas,le goudron de la route est tellement abîmé
qu'il vaut souvent mieux rouler sur les bas côtés en terre battue.
C'est à BAMAKO que nous passons le NOUVEL AN.
Nous pensons à...PARIS.
C'est de cette capitale que des bolides multicolores s'apprêtent à prendre
le départ pour un nouveau raid ; PARIS -DAKAR.
Bien que la majorité soit MUSULMANE, tout est prétexte et propice à faire la fête.
Et la SAINT SYLVESTRE, où nous avons été invités par les indigènes,
a été pour nous tous une nuit de ripaille et de guindaille.
Passage d'un camion

La hutte Le 2 janvier 1987 nous remontons en selle pour le parcours du combattant.
Il s'agit tout simplement de parcourir 900 KM de pistes
(comme je n'en n'avais jamais vues),
reliant BAMAKO à TAMBACOUNOA via KAYS.
15 JOURS nous seront nécessaires pour effectuer
ce parcours d'un autre âge a travers la brousse.
Arrivant dans les villages de huttes, souvent fourbus
et parfois même fiévreux de fatique,
nous y rencontrons des gens vivant comme par le passé.
Il doit en être ainsi depuis des siècles !
L'éclairage des huttes se fait avec des lampes à huile.
Les femmes vont puiser l'eau à la rivière,
elles font toutes leurs cuissons sur des feux de bois.

PISTE, QUE TU ES INFERNALE
Infernale, oui ! Parce que chaque moment
est un instant de torture, torsion,
souffrances dans ce sable qui nous obsède..
Dans les oueds ce ne sont que trous, cailloux et ornières.

LES CREVAISONS
Impossible de les comptabiliser, les agressives et dures épines d'acacias
recouvrant les pistes de tôles ondulées.
Les crevaisons

LE MERCURE DEPASSE 57°
Au plus nous avançons au plus la chaleur se fait écrasante et aucun rafraîchissement n'est à espérer.
Seule l'eau des puits étanche notre soif.
On ferait les chemins muletiers des ALPES ou des PYRENEES que cela ne serait pas plus difficile.
Notre organisme commence à être miné par les dures conditions de vie dans ce contexte inhabituel,
et cela maintenant depuis deux mois et demis.

La chaleur La chaleur

HEPATITE ..
Quand tu nous tiens ... voyage, c'est l'adieu.
Jean Bernard, mon équipier, à qui courage et volonté ne suffisent plus pour continuer ...
C'est à 200 km de DAKAR qu'il est obligé d'abandonner.
Obstiné mais malade depuis cinq jours, il se retrouve, malgré lui, à l'hôpital.
C'est la mort dans l'âme qu'il échoue si près du but. Parti de Tarbes pesant 55 kg, il ne lui reste plus que 45 kg.

DAKAR ...20 janvier 1987.
Jour de mon arrivée dans la capitale du SENEGAL, fatigué mais heureux
d'avoir gagné une nouvelle fois sur moi-même.

ARRIVEE DES CHEVAUX VAPEURS
22 janvier 1987.
Les bolides rescapés se présentent au milieu des dunes et d'une foule massée autour du lac Rose.
Ils sont là parce qu'ils ont eu la chance de n'avoir rien cassé pendant ce plus dur rallye automobile.

PARIS-DAKAR
est et restera toujours un rallye dur, exigeant et prestigieux, car l'AFRIQUE est un continent difficile.

PEUGEOT + PEUGEOT
Voiture 205, pilotée par VATANEN et GIROUX, arrive la première.
MOUNTAIN BIKE PEUGEOT, le premier à parcourir BRUXELLS-PARIS-DAKAR,
arrivé par la volonté de vaincre, et des coups de pédale de votre serviteur.
MARCEL HENDRICKX

Peugeot vainqeur
Peugeot grand vainqeur
Les vainqeurs
Giroux, Vatanen et Marcel Hendrickx

La qualité PEUGEOT n'a pas démentie.
Le duo de la pédale
Marcel HENDRICKX et Jean-Bernard BORGETOU.

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